2020 : Mes lectures d’avril

Débâcle

Débâcle de Liz Spit

La force d’une histoire, qui pourrait être classée dans la catégorie « faits divers », les détails d’une vie brisée, plus de cinq cents pages d’une écriture magistrale ; j’ai aimé ce roman, oui, tellement.

C’est une histoire sombre, triste, le témoignage d’une adolescence désœuvrée, sans repères, aux environnements familiaux destructeurs. Un jeu d’adolescents qui tourne très mal, qui vire au cauchemar, à l’horrible. Un secret gardé toute une vie empêchant de s’épanouir, de vivre sereinement… Liz Spit interroge cette part de sombre en chacun de nous; quand la valise des vécus et des sentiments, des choses non réglées et des drames personnels, est trop lourde à porter.  

Liz Spit a un talent incroyable pour nous emporter avec elle dans ces scènes de vie, tantôt pathétiques, tantôt d’une violence qui dérange, pour décrire ce quotidien des gens dont on parle peu, sans importance. J’ai dévoré cette histoire, qui prend aux tripes, qui secoue forcément avec ce sentiment de malaise de la première à la dernière page. 

 

L'homme qui voyait à travers les visagesL’homme qui voyait à travers les visages d’Eric-Emmanuel Schmitt

Après la Part de l’autre et Madame Pylinska et le secret de Chopin, voilà un troisième livre de cet auteur, que je commence à classer dans la catégorie de « ceux que j’aime ».

C’est l’histoire d’Augustin, citoyen belge quelconque, pigiste stagiaire, non payé, sans domicile fixe. Mais Augustin n’est pas si quelconque; en effet, il dispose du pouvoir de voir « nos morts », ceux dont on s’inspire, ceux qui vivent encore à nos côtés, ceux qui nous influencent, ceux qui ne savent pas qu’ils sont morts… Le destin d’Augustin bascule le jour où il assiste à un attentat terroriste, point de départ d’une quête entre réalité, spiritualité, philosophie et croyances.

J’ai beaucoup aimé ce livre, qui fait poser tout un tas de questions, sur notre propre existence, sur ces morts qui vivent en nous, sur nos croyances. L’écriture d’Eric-Emmanuel Schmitt fait toujours mouche; elle est simple et directe, elle nous emporte dans un imaginaire, terriblement réel. On s’attache au personnage d’Augustin, à ses faiblesses mais aussi à sa force, dont il n’a absolument pas conscience. La thématique de la religion, si délicate et personnelle, est abordée avec énormément de bienveillance et sans jugement, dans une réflexion juste et éclairée. Je vous conseille vivement ce livre donc, qui ne sera certainement pas, pour moi, ma dernière lecture de cet auteur !

 

Vox de Christina DalcherVox

Et voilà encore un roman d’anticipation sociale, après, entre autres, les Heures Rouges de Leni Zumas, La Servante écarlate et C’est le coeur qui lâche en dernier de Margaret Atwood. Je crois que j’aime beaucoup ce style, en ce qu’il n’est pas toujours si éloigné de notre réalité, tout en ne l’étant pas, notre réalité (et heureusement !). Ces livres sont de formidables rappels en fait, ils font appel à notre devoir de mémoire, à notre gratitude, pour ne pas baisser la garde, pour ne pas oublier. Ces livres sont profondément féministes, comme je le suis, pour nos droits, nos libertés, nos combats, nos forces et nos faiblesses, nos regards de femmes.

Vox, la voix, celle que les femmes n’ont plus, bridées par un bracelet compte-mots, qui les empêchent de prononcer plus de cent mots par jour. Elles sont privées de leurs droits, celui de s’exprimer bien-sûr, mais aussi celui d’être indépendante, de travailler, d’avoir des idées non dictées par un homme. C’est le quotidien de Jean, brillante docteur en neurosciences, qui a dédié sa vie à la recherche sur l’aphasie, une maladie qui atteint les capacités de langage. Le jour où le frère du Président ne peut plus parler, les autorités font appel à Jean pour trouver un traitement miracle. Ce qu’elle découvrira la laissera alors sans voix.

Après les premières pages de ce roman, je n’avais déjà plus envie d’arrêter ma lecture. J’ai été happée par ce récit, par cette histoire à faire froid dans le dos, à donner des sueurs froides à toutes celles qui luttent pour les droits des femmes. J’ai aimé ce livre, vous l’aurez compris ! C’est une ode à la vie, à l’espoir, aux luttes, aux convictions, aux femmes toutes entières: celles qui portent la vie, celles qui assument leurs choix, celles qui font peur, celles qui n’osent pas, celles qui auraient du, celles qui fuient, celles qui aiment. 

Le cas SneijderLe cas Sneijder de Jean-Paul Dubois

Le jour où il perd sa fille, dans un accident d’ascenseur, dont il est l’unique survivant, la vie de Paul Sneijder bascule. Bouleversé par cet évènement tragique, peu soutenu par sa femme, qui ne l’aime plus, il verse dans une frénétique recherche au sujet des ascenseurs, il veut en connaître chaque détail afin de comprendre. Il devient promeneur de chiens aussi, pour changer d’air. Sa vie semble totalement décousue et pourtant c’est à ce moment-là que lui seul y trouve un sens véritable. 

Les mots de Jean-Paul Dubois nous transportent dans la vie de ce sexagénaire, qui a vu défiler toute sa vie, sans en prendre jamais le pouvoir, par manque de courage bien souvent. On s’attache rapidement au personnage de Paul, sorte de Monsieur-Tout-le-Monde, sensible et pudique, qui a caché ses émotions toute son existence. L’accident tragique qu’il vit le met finalement face à cette existence, à ses loupés. Le sentiment de ratage total est décrit d’une façon très personnelle; l’ennui, le manque d’ambition, la lâcheté sont autant de freins à un bonheur entrevu mais aussi vite disparu. 

J’ai apprécié cette lecture et cette histoire émouvante, d’un homme qui voudrait juste reprendre le cours de sa vie.

Ciao BellaCiao Bella de Serena Giuliano

Voilà un livre que j’ai dévoré en une nuit !

Ciao Bella, c’est l’histoire d’Anna, italienne vivant en France, retracée au travers d’échanges datés avec sa psy.

Ses névroses, ses angoisses, son lien si fort avec sa grand-mère, son attachement à son pays natal, l’Italie, sa vie de mère, sa vie de femme, sa relation avec ses parents, son couple… Toutes les thématiques d’une vie sont abordées, sans fards.

J’ai aimé le style direct, le parfum d’Italie et l’amour de ce pays qui transpire à chaque page, l’histoire d’une femme plus forte qu’elle ne le croit, avec ses convictions, ses idées, ses envies. J’ai été émue à l’évocation de certains souvenirs partagés avec la Nonna, des souvenirs que j’ai également avec ma propre grand-mère.

Ce livre est une petite gourmandise de souvenirs, de sentiments et d’émotions. Je me suis régalée à le lire. 

Le soleil des ScortaLe soleil des Scorta de Laurent Gaudé

Après avoir lu Eldorado, j’avais très envie d’un autre livre de Laurent Gaudé. Et mon choix s’est porté sur Le soleil des Scorta, une saga familiale italienne, dans la région des Pouilles.

J’ai été transportée par cette histoire, dans cette famille atypique, « maudite », fière, qui en partant de rien et à la force de volonté et de travail se bâtit une vie. J’ai voyagé au coeur des Pouilles, région du Sud de l’Italie, avec sa chaleur, ses traditions, ses personnages.

Laurent Gaudé est un amoureux de l’Italie, et particulièrement de cette région et cela se ressent très fort à la lecture de ses mots, forts, respectueux, comme un hommage.

 

2 réflexions sur “2020 : Mes lectures d’avril

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s